Numérique : une évolution

La photographie a toujours été une constante personnelle — une manière de voir qui persiste, même à travers de longues pauses.

Je l’aborde souvent de façon informelle, en marchant dans des villes ou des lieux inconnus, appareil en main. Ce qui attire mon attention : les surfaces et les structures — couleurs, textures, formes géométriques — et les transformations lentes du monde bâti à mesure qu’il vieillit et se dégrade.

Parfois, cette attention se tourne vers la nature — non pour refléter la ville, mais pour suivre d’autres rythmes, modelés par la lumière, la forme et l’immobilité.

Moi en train de photographier au Parc national de la Mauricie, Québec, 2009. Vidéo : Pierre Dalpé.

Le parcours

Les photographies rassemblées ici couvrent près de deux décennies. Beaucoup ont été prises à Montréal, où je vis, et d’autres lors de voyages plus lointains.

Ce qui les relie, c’est une manière de remarquer — un intérêt pour l’oublié, le stratifié, le fragmentaire. C’est aussi une façon de regarder l’ordinaire autrement : trouver un rythme ou une beauté silencieuse dans le quotidien, ou isoler un détail qui laisse deviner quelque chose de plus vaste.

Moi photographiant le phare Cabo Santa María, La Paloma, Uruguay, 2019
Moi photographiant au phare Cabo Santa María, La Paloma, Uruguay, 2019. Photo : Manuel Rodriguez.

La période pandémique

Avec le recul, je vois comment la période pandémique de 2020 a marqué ce travail. Les images de cette année-là sont plus silencieuses — non seulement plus vides et plus atténuées, mais souvent littéralement plus sombres, prises en faible lumière ou de nuit. Même lorsque les restrictions se sont assouplies, un sentiment de vide est resté. Avant et après cette période, les photographies reviennent à des cadres plus vibrants, avec un renouveau de couleur et de vie.

La chambre noire numérique

Si je photographie encore spontanément, sans planification ni mise en scène, ma manière d’éditer est devenue plus intentionnelle. Là où les images plus anciennes étaient peu retouchées, les plus récentes reflètent une attention accrue au cadrage, à l’alignement et au ton. C’est dans la chambre noire numérique que le processus continue — façonné non seulement par la mémoire, mais par le désir de clarifier ce que j’ai vu, ou peut-être ce que j’ai ressenti.

Réflexion

Pour moi, la photographie demeure une affaire d’attention. Mais de plus en plus, elle est aussi une question de mise en forme — non seulement enregistrer ce qui est là, mais révéler ce qui se tient dans le cadre.

Même lorsque je ne photographie pas, l’observateur en moi reste actif. L’œil regarde encore. Le rythme persiste.